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La cuvée 2004 du Trtiton
"EVIDEMMENT
« Le Triton », vendredi, 4 juin 2004.
Avant même que le moindre son ne soit émis, la fixité du regard et la gravité du visage de Christian Vander nous firent sentir que la musique sera intense : une offrande doloriste.
Le tempo discrètement annoncé sur le cercle de caisse-claire, c’est … »Wurdah Itah », chaque note assumée par tous les musiciens, un magnifique duo Imiko-Antoine Paganotti, concentration et urgence du cri ; l’essence de Magma.
S’en suivirent « Sowiloï » et « KMX », 1974-2004, 2004-1974,comme le souvenir d’une chose à venir. Le final de « KMX » révéla le power-trio Kobaïen Mc Gow-Bussonnet-Vander sur fond de leitmotive des claviers. Interaction, improvisation jusqu’à l’ouverture, tempo dédoublé à la batterie, vers cet ailleurs si lointainement, profondément ancré en nous. Après cette première échappée, Stella Vander nous convie à une pause. La salle comble se vide peu à peu, les spectateurs se dirigeant qui vers le bar, qui à l’extèrieur pour griller intensément une cigarette.
Puis nous vint « KA » (manifestation de l’énergie vitale en ancien égyptien) qui se révèle à chaque fois plus souple, puissant et nuancé. La composition se déroule jusqu’à « Om Zanka », sept temps obsessionnels scandés par le piano Fender, terreau fertile d’où émergent ou s’infiltrent les voix jusqu’à l’affirmation du thème, préambule à l’improvisation d’Emmanuel Borghi au synthétiseur. Progressivement, malgré un son ingrat (ce n’est que mon avis), le pianiste fait monter la tension entre notes tenues et volutes en phrasés concentrés, suivi ou précédé par Christian Vander et Philippe Bussonnet à la fois mouvants et stables. Les sons se ressèrent, scansions décalées et nécessaires dissonances emplissent la salle. Nous savons, nous sentons à présent que nous sommes sur les terres vibrantes que le Musicien espère de toute son âme.
Pris dans les ondes, sous l’emprise d’une émotion presque palpable mais indiscible, Christian Vander propulse la Musique, la transforme en cri de douleur. Il n’y a plus de concert, n’est-ce pas, c’est une célébration.
Une baguette tombée n’y changera rien ; toms-tonnerre et soleils de cymbales créés d’une main au dessus des strates délitées du charleston et de la grosse-caisse emportent tout vers une suprême résurgence. Les chanteurs reviennent et leurs regards nous confirment ce que nous ressentons ; la section rythmique martelle alors le tempo pour permettre à tous de reprendre ensemble le cours du thème, le cours du temps.
Je pourrais m’arrêter là, tout est dit. « KA » fut conclu, suivi de la « Ballade » durant laquelle Christian Vander se mit une fois de plus en danger, à la recherche d’une autre ouverture qu’il ne trouva sans doute pas ce soir. Peu importe, il n’est pas du genre à renoncer, à présenter une musique achevée comme un produit fini. Rien jamais ne devrait se terminer comme la vie.
Au dernier moment, Christian Vander s’approcha du micro pour nous dire : « Ce concert est évidemment dédié à Elvin Jones. »
Evidemment…Merci
Alain Frey
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